L'Éditorial des marchés - 27 octobre 2021

L'Éditorial des marchés

Des nuages à l'horizon pour 2022

Par : Ramzy Yelda, analyste principal des marchés, PGQ

 

Les producteurs n’ont pas fini de battre le maïs et le soya, et la commercialisation de leur nouvelle récolte est loin d’être terminée. Mon éditorial devrait donc porter sur la commercialisation de la récolte en cours, et non pas sur la prochaine récolte. Le fait est que le marché ne m’inquiète pas à court terme. La Bourse de Chicago ne va pas dégringoler; en fait, les contrats à terme pourraient même se raffermir. La pression baissière du battage sur la Bourse est moindre qu’à l’accoutumé cet automne. En 2020, les producteurs qui ont vendu leurs grains au début de l’année récolte ont manqué la hausse subséquente des prix et ont été lésés. Par conséquent, beaucoup de producteurs nord-américains ont décidé de commercialiser leurs grains plus lentement cette année. D’autre part, les situations des offres et demandes du maïs et du soya vont demeurer assez serrées aux États-Unis en 2021-2022. Idem pour le marché local : avec une production de maïs prévue atteindre 3,56 millions de tonnes (Mt), on ne sera pas vraiment en surplus. Quant au soya, les deux tiers de la production seront probablement écoulés d’ici décembre. Bref, il y a de bonnes chances de voir le maïs et le soya OGM se maintenir autour de 300 $ la tonne et de 550 $ la tonne, respectivement, au cours des prochains mois.

 

Les prix du maïs et du soya ont été propulsés depuis août 2020 par la combinaison d’une série de facteurs haussiers. Au Québec, on a eu une production de maïs médiocre en 2020, et ce pour la deuxième année d’affilée. Aux États-Unis, l’USDA a grossièrement surestimé la superficie du maïs l’an passé, puis le rendement a été frappé par une tempête (Derecho) en août 2020. La situation est passée d’un état d’abondance à une quasi-pénurie en l’espace de quelques mois, comme le démontre l’évolution des estimations des stocks qui ont fortement chuté. L’Ukraine a eu une petite production de maïs, ce qui a réduit son programme d’exportations à partir de l’automne 2020. Finalement, la récolte brésilienne de maïs safrinha a été semée très tard en mars 2021. Ce retard, combiné à une fin hâtive de la saison des pluies, a mené à une récolte désastreuse et à une forte réduction des exportations brésiliennes de maïs durant l’été 2021. Et pour couronner le tout, la production mondiale de blé panifiable a dégringolé cet été en raison d’une mauvaise récolte en Russie et d’une sécheresse désastreuse dans l’Ouest canadien et les plaines du nord aux États-Unis.

 

Passons maintenant à la demande. La Chine a eu des importations records de grains en 2020-2021, et pas juste de soya. Habituellement un petit importateur de maïs, la Chine a pris le marché par surprise dès le mois de juillet 2020 en achetant des millions de tonnes de maïs américain. Ces importations se sont poursuivies, culminant avec des achats de près de 11 Mt en mai 2021 pour livraison en 2021-2022. Du jour au lendemain la Chine est devenue le premier importateur mondial de maïs.

 

La probabilité est faible qu’on ait à nouveau en 2022 une récolte décevante de maïs aux États-Unis, combinée à des sécheresses en Ukraine, en Russie, au Canada et au Brésil. D’ailleurs pour ce qui est du Brésil, la saison des pluies a bien démarré, le soya est semé rapidement : la deuxième récolte de maïs safrinha sera donc semée tôt en février, ce qui est de bon augure pour son rendement. Quant à la demande, les signaux indiquent un plafonnement des importations chinoises de grains. La peste porcine africaine est chose du passé : après une forte reconstitution du cheptel porcin en 2019 et 2020 qui a entrainé un bond spectaculaire de la demande de grains, la situation s’est stabilisée en Chine et les prix locaux du porc ont chuté.

 

L’année 2022-2023 pourrait donc voir un rebond de la production mondiale de grains, accompagné d’un plafonnement de la demande chinoise. Une pression baissière s’exercera sur le marché au printemps. Le Brésil, qui augmente à chaque année les superficies ensemencées en grains, battra une autre récolte record de soya en février-mars et, si les pluies se poursuivent, sera sur la voie d’une production record de maïs. Le marché va se baser sur les intentions d’ensemencement aux États-Unis à la fin mars. Si les semis ont lieu dans de bonnes conditions dans le Midwest et au Québec, on pourrait voir la pression baissière s’intensifier, aussi bien à la Bourse de Chicago que dans le marché local. Bref, à moins d’anomalies météo majeures dans les pays exportateurs de grains, ou d’un rebond des achats chinois de grains, si on a une production normale de grains au Québec l’an prochain, on pourrait fort bien voir le maïs se vendre au battage en dessous de 250 $ la tonne et le soya OGM en dessous de 475 $ la tonne.

 

 


De temps à autre, au gré des besoins et de l’actualité, j’écrirai un éditorial sur un sujet touchant la commercialisation des grains. Cet éditorial reflètera une opinion personnelle qui ne sera pas nécessairement représentative de la position officielle des Producteurs de grains du Québec.

 

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