Tendances des prix du maïs et du soya au Québec - Juin 2020


Publié le: 26 juin 2020

Tendances des prix du maïs et du soya au Québec

(26 juin 2020)

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Bourse 22 mai 2020
25 juin 2020
Variation ($) Variation (%)
Contrat maïs juillet 2020 ($ US/bu) 3,1800 3,1725 -0,0075 -0,2
Contrat soya juillet 2020 ($ US/bu) 8,3325 8,6925 0,3560 4,3
Prix du soya/Prix du maïs 2,62 2,74    
Contrat maïs décembre 2020 ($ US/bu) 3,3275 3,2800 -0,0475 -1,4
Contrat soya novembre 2020 ($ US/bu) 8,4450 8,6825 0,2375 2,8
Prix du soya/Prix du maïs 2,54 2,65    
Taux de change ($ US / $ CA) 0,7136 0,7328 0,0192 2,7

 

Marché local du maïs (FAB ferme) Semaine du 20 avril 2020
Semaine du 18 mai 2020
 Semaine du 22 juin 2020
Base livraison immédiate ($ CA/bu) 2,38 2,14 2,08
Base livraison immédiate ($ US/bu) 0,75 0,64 0,69
Prix livraison immédiate ($ CA/t) 218 210  210
Base livraison récolte 2021 ($ CA/bu) ND 1,68 ND
Base livraison récolte 2021 ($ US/bu) ND 0,27 ND
Prix livraison récolte 2021 ($ CA/t) ND 197 ND

 

La saison a vraiment bien démarré dans le Midwest. Après des semis très hâtifs, les conditions météorologiques ont été favorables avec de bonnes précipitations. 75 % du blé de printemps, 72 % du maïs et 70 % du soya sont en bonne ou excellente condition. La récolte de blé d’automne est complétée à 29 % et est en avance de 3 % par rapport à la moyenne quinquennale. Si la tendance se maintient, le rendement du maïs sera excellent; la production pourrait même dépasser le niveau record de 16 milliards de boisseaux actuellement projeté.

 

Les mesures prises en Chine pour contrôler la COVID-19 s’étendent maintenant aux importations agroalimentaires. À la suite d'une récente éclosion du virus, qui a été attribuée à des planches à découper utilisées par des vendeurs de saumon importé, Beijing demande maintenant aux expéditeurs de produits agroalimentaires, dont les grains, de fournir un document garantissant que leurs cargaisons sont exemptes du coronavirus. Il faut souligner qu'aucune preuve ne montre que le poisson est à l’origine ou l’hôte intermédiaire du virus, mais le saumon a été retiré des supermarchés des grandes villes chinoises.

 

Le secteur de l’éthanol se redresse avec le déconfinement et la reprise de l’activité économique. Après avoir atteint un creux de 537 000 barils/jour à la fin avril, la production hebdomadaire américaine d’éthanol a rebondi au cours des dernières semaines. Elle s’établit présentement à 893 000 barils/jour et se rapproche du niveau normal d’avant la COVID-19, qui était de 1 million de barils/jour. De plus, les inventaires ont continué de se resserrer. Au Québec, l’usine de Varennes, qui opérait aux 2/3 de sa capacité durant le confinement, a augmenté sa cadence à 90 %.

 

La crise de la COVID-19 a augmenté la volatilité des taux de change, ce qui impacte directement sur le marché mondial du soya en affectant la compétitivité relative des fèves américaine et brésilienne. Du début de mars au 13 mai, le réal a dégringolé de 24 % vis-à-vis du dollar. Les Chinois achetaient surtout la fève brésilienne – le Brésil a eu des exportations record en mars, avril et mai. Puis, du 13 mai au 8 juin, le réal s’est redressé de 22 % : le soya brésilien est devenu nettement plus cher que l’américain, d’autant plus que les prix locaux au Brésil s’étaient accrus avec le programme d’exportation. Les Chinois se sont alors tournés vers la fève américaine. Depuis, le réal s’est remis à baisser, perdant 8 % de sa valeur, ce qui a réduit l’écart des prix entre les deux pays.

 

Les statistiques sur les ensemencements réalisés au printemps seront publiées la semaine prochaine au Canada (29 juin) et aux États-Unis (30 juin). Ces données donneront une assise plus solide aux tableaux de l’offre et la demande de grains. On verra si les producteurs américains ont bel et bien semé 97 millions d’acres de maïs. Plusieurs analystes ont évoqué la possibilité que les producteurs américains sèment moins de maïs et plus de soya que les intentions d’ensemencement en raison de la forte baisse boursière du maïs et du redressement du ratio du contrat à terme du soya sur celui du maïs. Cependant, avec la pluie de milliards de dollars en aides et programmes de soutien de toutes sortes, le producteur agricole américain est de plus en plus à l’abri des aléas du marché, et ses intentions d’ensemencement sont donc de moins en moins déterminées par le prix du marché.

 

Il est intéressant de constater que les achats chinois de soya en 2019-2020 sont finalement nettement plus élevés que ce qui était anticipait il y a trois ou quatre mois. En effet, l’estimation de l’USDA est progressivement passée de 87 à 92 millions de tonnes (Mt). D’une part, ce niveau d’importations reflète une reconstitution des stocks, alors que les achats avaient dégringolé en 2018-2019 à 82,5 Mt. D’autre part, le rythme des achats de la fève s’est accru en raison de la demande croissante en Chine. En effet, après avoir été décimé par la peste porcine africaine, le cheptel porcin chinois semble se reconstituer plus vite que prévu. Cependant, il faut toujours garder à l’esprit que les importations chinoises sont de plus en plus déterminées par le jeu politique et relèvent souvent de décisions gouvernementales.

 

Le bras de fer entre la Chine et le Canada, entamé en décembre 2018 avec l’arrestation de la fille du fondateur de Huawei, se poursuit. Par conséquent, il n’y a toujours pas de cargo de soya canadien expédié en Chine en raison du risque politique, même si, officiellement, l’embargo chinois ne touche que le canola. Par contre, le négoce du soya par conteneur se poursuit, mais il s’agit de quantités très limitées comparativement au négoce par navire.

 

Malgré la reprise des achats chinois de grains américains, la lenteur des exportations américaines persiste : les ventes cumulatives pour l’année récolte en cours accusent toujours un retard de 6 % pour le soya et de 14 % pour le maïs. D’ailleurs le battage du maïs safrinha s’accélère au Brésil, et ce grain va être de plus en plus présent sur le marché mondial.

 

Après avoir dégringolé en dessous de 0,69 $ US au plus fort de la crise, en mars, le huard s’est nettement raffermi depuis : il fluctue présentement entre 0,73 et 0,74 $ US. Cette remontée est négative pour les bases locales.

 

 

 

SCÉNARIO DES PRIX :

  • Maïs : baissier
  • Soya : neutre à baissier

 

Le scénario des prix est inchangé : le portrait global demeure baissier, surtout pour le maïs. Mais une nuance doit être faite pour le marché local. En effet, le mois passé, j’évoquais le déficit hydrique croissant du Québec. Or la situation a empiré depuis : on parle maintenant de sécheresse pour la très grande majorité du territoire agricole. C’est trop tôt pour évaluer l’impact sur le rendement du maïs – tout va dépendre des pluies des prochaines semaines. Est-ce qu’un rendement provincial normal de 10 t/ha est encore possible? Si celui-ci chute, cela mettra un certain plancher pour les prix locaux. Malgré tout, le pire scénario pour 2020-2021 serait un rendement du maïs médiocre au Québec, accompagné de productions records aux États-Unis et en Ontario, d’une part, et d’une demande pas tout à fait revenue à la normale, d’autre part… Malheureusement, ce scénario est devenu un peu plus plausible.

 

 

 

 

 

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