Tendances des prix du maïs et du soya au Québec - Juin 2022


Publié le: 27 juin 2022

Tendances des prix du maïs et du soya au Québec

(27 juin 2022)

Les informations publiées proviennent de sources réputées fiables. L’analyse est basée sur les informations disponibles et elle doit être utilisée à titre indicatif seulement. Les Producteurs de grains du Québec ne peuvent être tenus responsables d’éventuelles erreurs. Les opinions émises n'engagent pas la responsabilité des Producteurs de grains du Québec quant aux décisions des lecteurs.

 

Bourse 16 mai 2022
24 juin 2022
Variation ($) Variation (%)
Contrat maïs juillet 2022 ($ US/bu) 8,0950 7,5025 -0,5925 -7,3
Contrat soya juillet 2022 ($ US/bu) 16,5650 16,1075 -0,4575 -2,8
Prix du soya/Prix du maïs 2,05 2,15    
Contrat maïs déc. 2022 ($ US/bu) 7,6550 6,7400 -0,9150 -12,0
Contrat soya nov. 2022 ($ US/bu) 15,1200 14,2425 -0,8775 -5,8
Prix du soya/Prix du maïs 1,98 2,11    
Taux de change ($ US / $ CA) 0,7787 0,7736 -0,0051 -0,7

 

 

Marché local (FAB ferme)

Semaine du 4 avril 2022

Semaine du 9 mai 2022
Semaine 20 juin 2022
Maïs - livraison immédiate
     
Base $ CA/bu
2,71 3,19 2,68
Base $ US/bu
0,62 0,64 0,29
Prix $ CA/t
405 434 410
Maïs - livraison nouvelle récolte
     
Base $ CA/bu
2,01 2,38 2,43
Base $ US/bu
0,16 0,09 0,30
Prix $ CA/t 358 387 372
Soya - livraison nouvelle récolte
     
Base $ CA/bu 2,94 4,02 3,89
Base $ US/bu -0,61 -0,30 -0,49
Prix $ CA/t 646 696 703

 

FACTEURS HAUSSIERS

Les analystes estiment entre 1,5 et 1,7 million de tonnes (Mt) les quantités de grains (tous produits confondus) qui parviennent à sortir chaque mois d'Ukraine par la route et le rail. C’est cinq à six fois moins qu'auparavant, et le tonnage effectivement exporté par l’Ukraine est plus bas que ces chiffres puisque le grain a du mal à se rendre aux ports d’expédition. Cela dit, le pire scénario, soit celui d’exportations à zéro, semble évité pour le moment.

 

La guerre qui se poursuit en Ukraine aggrave les dommages causés à toute l’infrastructure céréalière du pays. Les combats au port de Mykolaiv en Ukraine ont causé d’importants dommages aux installations portuaires de manutention des grains. La multinationale Bunge a rapporté que ses installations ont été touchées; Viterra a confirmé que son terminal céréalier est en feu. Même si la guerre se termine demain, les exportations de grains ne pourront pas revenir à la normale avant plusieurs mois.

 

Le soya est indirectement affecté par la guerre. L’Ukraine et la Russie représentent les trois quarts des exportations mondiales d’huile de tournesol. Cette offre a chuté, un facteur positif pour les prix des autres huiles.

 

Selon l’USDA, les importations de la Chine seront élevées en 2022-2023, soit 18 Mt de maïs (vs 23 Mt en 2021-2022) et 99 Mt de soya (vs 92 Mt). Cela reflète une demande persévérante pour le maïs et croissante pour la fève.

 

FACTEURS BAISSIERS

Malgré le manque de pluie, le Brésil est en train de récolter une production record de maïs safrinha. D’une part, la deuxième récolte de maïs a été semée tôt et dans de bonnes conditions. D’autre part, les précipitations, même si elles étaient limitées, sont survenues aux bons moments. La production totale est estimée à un niveau record de 116 Mt. Les exportations brésiliennes ont débuté, concurrençant le maïs américain.

 

La France, le plus grand producteur et exportateur de blé en Europe, ne verra pas sa récolte réduite de manière significative par les chaleurs en juin. En effet, les précipitations ont été limitées, mais elles sont arrivées juste à temps pour éviter une dégringolade du rendement. Le dernier rapport sur l’état des cultures montre que 64 % du blé est en bonne ou excellente condition; un pourcentage bas, mais acceptable.

 

Contrairement aux attentes, les sanctions financières internationales ne semblent pas avoir affecté les exportations de blé de la Russie, qui se poursuivent à pleine vitesse. De nombreux pays importateurs n’ont aucune restriction affectant le commerce avec la Russie, et les achats de grains se font en roubles, contournant ainsi les sanctions. Quant à la hausse des primes d’assurance, celle-ci est compensée par des prix de vente très compétitifs de la part de la Russie.

 

La Russie anticipe une récolte quasi record de blé de 81 Mt en raison des conditions météo favorables. L’USDA prévoit que les exportations de blé de la Russie atteindront un niveau record de 40 Mt en 2022-2023 en raison de la hausse de la production. Par ailleurs le gouvernement veut maximiser les ventes pour renflouer son budget.

 

La demande mondiale de grains s’est ajustée à la hausse des prix et est train d’être rationnée. C’est un facteur clé dans la baisse actuelle des prix, même si ce rationnement est difficile à voir ou cerner.

 

Après un embargo d’environ trois semaines en avril-mai, les exportations d’huile de palme de l’Indonésie ont repris à pleine vitesse. Le prix de l’huile de palme, qui avait grimpé en flèche, a fortement chuté au cours des derniers jours, entrainant à sa suite celui de l’huile de soya.

 

Pour la troisième année d’affilée, l’Australie pourrait avoir une excellente récolte de blé. Les semis se font dans d’excellentes conditions à la suite de très bonnes précipitations.

 

Le Québec a reçu beaucoup de pluie en juin, ce qui est favorable aux rendements de toutes les récoltes. Certes, la qualité du blé d’automne pourrait se dégrader, mais le volume sera au rendez-vous. Si les précipitations se poursuivent, les rendements du maïs et du soya seront excellents.

 

À SUIVRE

On aura le rapport des superficies ensemencées américaines le 30 juin, et celui des canadiennes le 5 juillet. La direction de la Bourse pourrait être influencée par ce rapport, surtout si les chiffres surprennent le marché. Le ratio du contrat à terme du soya de novembre sur celui du maïs de décembre est remonté récemment, mais il demeure bas à 2,11. Normalement, cela devrait favoriser les semis du maïs. Les États-Unis vont-ils vraiment semer 91 millions d’acres de soya et seulement 89,5 millions d’acres de maïs?

 

Le rythme des semis du maïs et du soya a été lent en début de saison dans le Midwest, mais le retard a été ensuite comblé. Les précipitations des quatre prochaines semaines seront déterminantes pour les rendements.

 

Les semis au Manitoba ont été très retardés par les précipitations excessives. Certains champs ne pourront pas être semés, mais les producteurs sèmeront même au-delà des dates limites de l’assurance récolte compte tenu des prix élevés. Le grand perdant risque d’être le soya puisque de nombreux producteurs ont dû se rabattre sur d’autres semis, tels que le canola, l’avoine ou le blé. Cela dit, même si les superficies ensemencées sont en baisse, les rendements devraient être propulsés par les pluies. Le sud de l’Alberta qui avait été très sec a reçu de fortes précipitations depuis le début de juin.

 

La production de blé de l’Ukraine devrait chuter de 11,5 Mt, mais elle atteindrait malgré tout 21,5 Mt – il s’agit du blé d’automne semé en 2021. Cela permettrait des exportations de 10 Mt, contre 19 Mt en 2021-2022. L’USDA a relevé la prévision de la production ukrainienne de maïs de 19,5 à 25 Mt. Cependant, les exportations de maïs sont inchangées à 9 Mt vs 23 Mt en 2021-2022.

 

Et la grande inconnue qu’est la COVID-19 demeure : la pandémie, qui semblait sous contrôle, a ressurgi en force en Chine, entraînant de multiples confinements et un ralentissement marqué de l’économie. Cela ne semble pas affecter la demande chinoise de grains pour le moment.

 

 

SCÉNARIO DES PRIX :  Neutre

 

Notre scénario des prix a changé : il est devenu neutre, alors qu’il était haussier auparavant. On a eu une chute assez sévère de la Bourse de Chicago. Est-ce un renversement de la tendance du marché, ou une correction baissière suivant les hausses considérables des mois précédents?

 

La demande mondiale des grains est en train de s’ajuster et de se rationner : les pays importateurs pigent dans leurs réserves et essayent de trouver d'autres options. Mais ce rationnement a ses limites, sinon des émeutes risquent d’éclater dans plusieurs pays en voie de développement qui dépendent des importations de blé.

 

Les perspectives mondiales des récoltes sont présentement très bonnes (Europe), voire excellentes (maïs safrinha au Brésil, Russie, Australie). Pour l’Ouest canadien, le portrait est mixte : les semis très tardifs au Manitoba sont contrebalancés par de très bonnes pluies en juin. Quant au Midwest, tout va se jouer dans les quatre prochaines semaines : le rapport des superficies ensemencées nous donnera le 30 juin le portrait précis de ce qui a été semé, et les rendements seront déterminés par les pluies d’ici à la fin juillet. Finalement, au Québec, c’est très bien parti avec un mois de juin particulièrement pluvieux.

 

La guerre en Ukraine perdure, et ses impacts sont toujours présents dans le marché mondial des grains. Plus le conflit dure, plus les dommages causés aux infrastructures ukrainiennes s’alourdissent. La surprise est que, contrairement aux attentes initiales, les sanctions internationales n’ont pas ralenti les exportations de grains de la Russie. La plupart des pays importateurs contournent les sanctions en payant leurs achats en roubles.

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