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Grains biologiques : Évolution des prix locaux

Le rapport des prix moyens pondérés FAB ferme (S/tonne) pour les grains biologiques a été mis à jour le 20 février 2026.

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Analyse des engrais - Février 2026

Les prix des engrais sont assez semblables à ceux des derniers mois, mais nettement supérieurs à ceux de l’an passé. La hausse d’environ 1 ¢ US du huard, causée par la dépréciation de la devise américaine, a tout de même permis de réduire légèrement le prix de plusieurs fertilisants. La tendance des prix devrait alors se maintenir jusqu’au début des récoltes en occident, pour ensuite s’apprécier à la suite de la reprise de la demande.

Le début d’année entraine un changement dans nos graphiques de l’évolution des prix des engrais. Les prix de 2026 sont comparés à ceux de 2025 et la moyenne quinquennale couvre maintenant de 2021 à 2025. Or, les prix des engrais ont connu une énorme flambée à partir de la deuxième moitié de 2021 et depuis, ils ne sont jamais revenus au niveau précédent. Autrement dit, la moyenne cinq ans reflète dorénavant davantage les prix postpandémie. Les prix de 2026 sont très près de la moyenne des cinq dernières années pour les engrais azotés, supérieures à cette moyenne pour les engrais phosphatés et inférieures à la moyenne pour le chlorure de potassium (MOP). Cependant, il est important de rappeler les valeurs présentées dans ces graphiques doivent être analysés à titre de valeurs de référence et non de prix réels payés au Québec par les producteurs.

Le 13 décembre, l’administration Trump a retiré les tarifs sur les importations de potasse biélorusses. Les sanctions américaines avaient été mises en place en raison des répressions politiques du président Alexander Lukashenko et de son implication dans l’invasion russe en Ukraine. Cette annonce a été faite à la suite de plusieurs actions visant à se rapprocher du président Lukashenko ainsi que de son allié, la Russie. Normalement, cette nouvelle aurait dû être excellente pour le secteur des engrais, car la Biélorussie est le troisième plus grand exportateur de potasse dans le monde, derrière le Canada et la Russie. L’ennui est que la Lituanie refuse le transport de potasse biélorusse sur son territoire depuis l’invasion russe en Ukraine, contrairement à auparavant où d’importantes quantités transitaient sur son territoire. Depuis, la Biélorussie s’est tournée vers les autres pays baltes, la Russie et la Chine. Les exportations de potasses biélorusses sont à 88 % du volume précédant les sanctions de l’occident. Il y a peu de chance que cela impacte le marché de la potasse, d’autant plus que les États-Unis s’approvisionnent principalement au Canada.

Le 18 février, Trump a signé un décret visant à protéger la production nationale de phosphore et d’herbicides à base de glyphosate. La Maison-Blanche invoque la « Defense Production Act » pour justifier cette décision. Ce décret permet à la secrétaire de l’Agriculture des États-Unis, Brooke Rollins, d’apporter des changements règlementaires ainsi que d’autres mesures pour déterminer la juste allocation de matériels nécessaires pour assurer la production de ces produits, en consultation avec le département de la Défense. D’ailleurs, le phosphore est un ingrédient essentiel à la production de dispositifs incendiaires et de semiconducteurs. Les agriculteurs avaient alerté la Maison-Blanche que les tarifs du président sur les fertilisants et les herbicides ainsi que le faible nombre de compagnies fabriquant ces produits avaient engendré une hausse appréciable de leurs coûts de production. Trump est sensible à l’enjeu de l’inflation alimentaire pour les élections de mi-mandat. 

Le 19 février, l’USDA a dévoilé ses projections des superficies ensemencées aux États-Unis en 2026. Les superficies devraient se réduire de 4,8 millions d’acres (Ma) pour le maïs et s’élever de 3,8 Ma pour le soya. En théorie, une baisse des superficies de maïs devrait engendrer une réduction la demande en engrais azoté, étant donné que cette plante consomme davantage d’azote que le soya. Les intentions d’ensemencement de l’USDA dévoilées le 31 mars prochain devraient brosser un meilleur portrait de la situation.

Le vendredi 20 février, la Cour suprême des États-Unis a invalidé les droits de douane « réciproques » annoncés en avril dernier par le président américain. La Cour suprême a déclaré que la loi utilisée pour justifier la hausse des tarifs ne permettait pas au président seul de le faire. Les États-Unis pourraient alors devoir rembourser les tarifs perçus, ce qui pourrait représenter 170 G$ US. En réponse, Donald Trump a annoncé une imposition de tarifs de 10 % sur l’ensemble des pays, le tout basé sur une autre loi. Ces tarifs s’additionneraient à ceux déjà existants et seraient temporaires, d’une durée maximale de 150 jours. Cette décision de la Cour suprême des États-Unis ne signifie pas la fin des tarifs de Donald Trump et encore moins de ses menaces à les employer. Plus tôt en février, Donald Trump a menacé d’imposer des tarifs de 25 % sur les produits des pays traitant avec l’Iran. Il a également menacé d’imposer des tarifs sur les pays européens qui résisteraient à ses tentatives d’annexion du Groenland. Le 8 décembre, Trump a menacé d’imposer des tarifs sur les importations de fertilisants du Canada pour stimuler la production nationale d’engrais. Cette déclaration a été faite après que les États-Unis avaient retiré plusieurs tarifs sur les importations d’engrais.

L’hiver a été doux en Europe cette année d’où le faible prix du gaz naturel dans ce continent. En novembre 2025, le prix du gaz naturel tournait autour de 32 euros par mégawattheure (€/MWh), puis est tombé à un creux à 26,6 €/MWh en décembre 2025, a atteint un sommet à 40,40 €/MWh en janvier 2026 et a redescendu aux alentours de 30 €/MWh. Ces prix sont nettement inférieurs à ceux de l’hiver 2022, l’année de tous les records en raison de la guerre en Ukraine, variant entre 70 et 192 €/MWh, ou ceux de l’an passé fluctuant entre 40 et 45 €/MWh. Le gaz naturel est un intrant essentiel à la production des engrais azotés.

L’Union européenne (UE) envisage une exemption temporaire des tarifs à son Mécanisme d’ajustement de carbone aux frontières (MACF) aux importations d’engrais. L’UE a mis en place le MACF afin de protéger, par des impositions de tarifs, ses marchés qui feraient face à une compétition déloyale uniquement en raison de mesures environnementales européennes plus sévères. Ce système est officiellement entré en vigueur le 1er janvier 2026. Les associations de producteurs européens ont déclaré être favorables à une exemption pour les engrais. En fait, la France en avait fait la proposition en décembre dernier, appuyée par le Portugal, la Pologne, l’Italie, la Hongrie, la Roumanie et l’Irlande. Le groupe de commerçants Fertilizers Europe s’oppose fortement à l’idée en avançant que la prévisibilité et la stabilité du cadre règlementaire sont essentielles afin d’assurer un approvisionnement en fertilisants, de garantir des investissements dans ce secteur et de préserver l’autonomie stratégique européenne. Par ailleurs, l’Union européenne a maintenu définitivement ses tarifs antidumping sur les importations de solutions azotées d’urée et de nitrate d’ammonium (UAN) provenant de la Russie, Trinité-et-Tobago et des États-Unis.

Le 8 décembre dernier, Yara a annoncé être en négociation avancée avec Air Products pour la production d’ammoniac verte en provenance des États-Unis. Selon un accord proposé, environ 80 % de la production d’hydrogène à faible intensité carbone produite par Air Product en Louisiane sera destiné à la production de 2,8 millions de tonnes (Mt) par d’ammoniac à faible empreinte carbone, et ce, pour une durée de 25 ans. Le montage financier devrait être ficelé vers juin 2026 et le projet serait opérationnel en 2030. Yara estime que le MACF permettra de créer un environnement d’affaires favorable aux engrais verts.

L’Ukraine et la Russie ont attaqué leurs infrastructures d’approvisionnement en engrais ainsi que de secteurs connexes. En novembre, l’Ukraine a lancé au moins 14 attaques de drones, un record, sur les infrastructures pétrolières russes. L’objectif était de couper dans les revenus de la vente d’énergie servant au financement de la guerre entre les deux pays. La Russie a, quant à elle, lancé 42 attaques dans la région de Chernihiv, une importante région agricole située au nord de l’Ukraine, dont des entreprises agricoles et des entrepôts de fertilisants. Le 11 décembre, l’Ukraine a rapporté avoir frappé deux usines de fertilisants en Russie par drones. Celles-ci fabriquaient de l’acide nitrique, de l’ammoniac et d’autres produits essentiels à la confection d’explosifs. Cependant, ces usines auraient une capacité de production relativement faible et aurait peu de probabilité d’affecter les prix des engrais azotés.

Certains analystes anticipent le dévoilement des politiques chinoises sur les exportations d’engrais à partir du troisième trimestre de 2026 seulement. Les estimations du volume d’exportation d’urée permis par Pékin se situerait entre 4 et 6 Mt pour des livraisons de septembre à décembre.

Les données sur les importations d’engrais en Inde pour 2025 ont été publiées. Comparativement à l’année précédente, les importations se sont situées à 2,6 Mt d’ammoniac (+7 %), 10,2 Mt d’urée (+56 %), 6,4 Mt de phosphate diammonique (DAP) et 3,9 Mt de potasse (+1 %). De plus, l’Inde est à la recherche d’ammoniac, mais les prix se sont fortement accrus de sorte qu’il en reste très peu à autour de 500 $ US/t CFR (Cost and Feright, un prix livré aux ports de l’acheteur). Or, les tensions géopolitiques entre l’Iran et les États-Unis font augmenter les primes de risques pour livrer en Inde, élevant ainsi les prix des engrais.

Le quatrième trimestre des grandes compagnies de fertilisants a été publié permettant de faire un portrait de l’année 2025 qui fut très lucrative pour ce secteur. Yara a présenté des bénéfices nets de 344 M$ US lors du quatrième trimestre, une nette amélioration par rapport aux pertes de 290 M$ US l’an passé. La compagnie attribue ce succès à un plus grand volume de production et de livraisons tout en ayant une forte discipline à contrôler les frais fixes tout en réduisant les objectifs d’investissement de capital. Nutrien a publié des bénéfices nets de 580 M$ lors de son quatrième trimestre, portant les revenus nets de l’année 2025 à 2,30 G$ US par rapport à 700 M$ en 2024. Nutrien explique ces résultats par une performance exceptionnelle dans tous les segments opérationnels ainsi qu’à une réduction des coûts et dépenses en investissement de capital. CF a rapporté des bénéfices nets de 1,46 G$ US pour 2025. La compagnie explique ces résultats par une démonstration de la force de son entreprise et de son équipe.

Le projet d’expansion de la mine de potasse de BHP Group à Jansen en Saskatchewan a vu ses coûts de nouveau exploser. La phase 1 du projet a été évaluée à 8,4 G$, soit 1 G$ de plus que la fourchette de prix la plus élevée établie en juillet 2025. La compagnie attribue cette hausse des coûts à des heures de construction et des matériaux qui n’étaient pas inclus lors de la dernière estimation. La phase 1 de ce projet devrait produire 4,15 Mt de potasse par année à partir de la deuxième moitié de 2027, tandis que la phase 2 devrait porter cette capacité de production à 8,5 Mt d’ici 2031.

Les prix de l’urée et de l’ammoniac sont plus élevés que ceux de l’an passé, mais ils demeurent près de la moyenne quinquennale. Le prix de l’urée a connu une bonne hausse en février par rapport au mois précédent d’environ 36 $ CA/t et la raison n’est pas évidente. L’une des explications possibles serait les tensions géopolitiques entre les États-Unis et l’Iran. Cependant, cette hausse de prix ne s'est pas transférée chez les autres fertilisants azotés. Les prix d’UAN 28 et 32 sont supérieurs aux prix de l’an passé et légèrement plus élevé que la moyenne des cinq dernières années. Les prix élevés de l’UAN pourraient être causés par l’arrêt de production de l’usine d’UAN de Nutrien en Trinité-et-Tobaggo. La tendance des prix serait baissière si les projections de l’USDA se confirment, avec une augmentation des prix pendant la période des semis en occident.

Les prix du phosphate monoammonique (MAP) et du phosphate diammonique (DAP) se sont repliés par rapport à leur sommet de novembre 2025, mais ils restent assez dispendieux. L’appréciation de la devise canadienne a contribué partiellement à la baisse du prix des engrais. Cependant, les prix en dollars américains ont aussi diminué et la raison n’est pas évidente, car l’offre à l’international demeure plutôt limitée par rapport à la demande. La tendance des prix est donc de baissière à neutre, jusqu’au début des semis en occident.

Le prix du MOP a légèrement diminué depuis le sommet de novembre 2025. Cette diminution de prix est entièrement attribuable à la remontée de la devise canadienne. La tendance des prix demeure neutre à moins d’une grande variation du dollar.

Tableau du prix des engrais

$ CA/tFévrier 2025Janvier 2026Février 2026Moyenne 5 ansGraphique
DAP1 2021 2841 2771 122Graphique
MAP 1 2741 3291 3191 193Graphique
MOP702734732837Graphique
Urée 859859895909Graphique
10-34-0 1 0101 022998988Graphique
Ammoniac anhydre1 1821 3171 2911 391Graphique
UAN 28551621615591Graphique
UAN 32625705696689Graphique

Les prix sont exprimés en dollars canadiens par tonne métrique ($ CA/t).
Les prix représentent une offre FAB chez le distributeur.
Source : DTN

L’analyse se concentre sur les États-Unis ainsi qu'à l'international et les prix sont basés sur des prix américains convertis en dollars canadiens par tonne métrique. Ces prix peuvent ne pas refléter les prix au Québec en raison de plusieurs facteurs, dont l’offre de services inclus dans les prix aux producteurs. Ces prix doivent donc être utilisés à titre de référence seulement. L’objectif de cette publication vise à mesurer les tendances haussières ou baissières, ainsi que les valeurs relatives d’une saison à l’autre.