Analyse du prix des engrais

Général

 

Les principaux éléments responsables de la hausse phénoménale du prix des intrants sont connus depuis un certain temps déjà. Les stocks sont extrêmement serrés partout sur la planète en raison de différents facteurs : la hausse du prix des énergies fossiles, un intrant essentiel dans la production de certains fertilisants; l’augmentation des frais de transport maritime, notamment ceux par conteneur; la réduction de la production américaine, due à la fermeture d’usines à la suite de l’ouragan Ida; et l’arrêt des exportations chinoises d’azote et de phosphore. La situation est tellement critique que même à prix élevé, il est impossible pour plusieurs producteurs d’acquérir de l’engrais, en raison d’un manque d’offre.

 

D’autres éléments haussiers se sont ajoutés à cette liste depuis le mois dernier. La Russie a annoncé son intention de suivre l’exemple de la Chine en interdisant les exportations d’engrais de phosphore et d’azote afin de soutenir ses producteurs agricoles. La chaine d’approvisionnement aux États-Unis éprouve des problèmes en raison d’une pénurie de barges, de wagons et de camionneurs. Le manque de moyens de transport est attribuable entre autres aux dommages causés par l’ouragan Ida au système de transport maritime et au refus de certains employés d’obtempérer à la vaccination obligatoire. L’Union européenne risque de subir une hausse importante du prix du gaz naturel à cause du conflit entre la Biélorussie et la Pologne sur l’enjeu des migrants. La Biélorussie menace de fermer le robinet du gaz naturel de la Russie vers l’Union européenne alors que 20 % du gaz naturel de la Russie à destination de l’Union européenne transite par la Biélorussie.

 

Le prix élevé des intrants pourrait avoir de lourdes conséquences sur les semis en 2022, au grand dam des producteurs agricoles. Les analystes y vont de leurs prédictions pour la prochaine année aux États-Unis et les opinions sont autant diverses que contradictoires. Plusieurs estiment que les producteurs américains réduiront leurs superficies ensemencées en maïs de 2,5 millions d’acres au profit du soya étant donné le prix élevé de l’azote. D’autres font valoir que le ratio de prix des contrats à terme pour la nouvelle récolte du soya et du maïs favorise plutôt une croissance des superficies de maïs au détriment du soya. Le PDG de Mosaic, une importante compagnie américaine de fertilisants, n’entrevoit pas une diminution des applications d’engrais, car le faible ratio des stocks sur la demande des grains incitera les producteurs à maximiser leurs rendements et donc à utiliser une juste quantité d’engrais. Certains estiment que les marchés boursiers se sont déjà positionnés dans un marché haussier dans le secteur des grains étant donné une baisse générale des rendements l’an prochain à la suite d’une diminution de l’utilisation des engrais. Les prix élevés affecteront non seulement les producteurs de l’hémisphère nord, mais aussi ceux de l’Amérique du Sud, et ce dès le premier trimestre de 2022 avec la culture de maïs safrinha au Brésil. Le Brésil est hautement dépendant des importations d’engrais : 70 % de l’offre totale des fertilisants provient des importations. Si les producteurs brésiliens réduisent leur utilisation d’engrais en raison des prix élevés ou d’une indisponibilité des engrais, les rendements risquent alors d’en souffrir.

 

Par conséquent, la tendance des prix pour les engrais est encore haussière pour les mois à venir. Même si certains facteurs venaient à se résorber, advenant par exemple le retour à la normale de la capacité de production des usines américaines d’intrants, les stocks demeureraient très serrés pendant un certain temps et les prix risqueraient de se maintenir à un niveau élevé.

Azote

La croissance des prix de l’azote ne semble pas s’estomper. Le prix est maintenant au moins deux fois plus élevé que l’an passé et que la moyenne quinquennale. Même que dans le cas de l’ammoniac anhydre, il se rapproche du triple de la valeur de l’année dernière. Les prix aux États-Unis sont soutenus par l’offre restreinte en raison de la fermeture de certaines usines, d’une enquête du département du Commerce des États-Unis sur certaines importations d’UAN, d’une interdiction d’exportation d’engrais azotés en Chine et d’un éventuel arrêt des exportations en Russie. De plus, l’Europe diminue sa production d’engrais azotés afin de réduire ses coûts de production et se tourne vers les importations pour combler le manque d’engrais.

 

Phosphore

 

Les prix du DAP et du MAP sont encore en hausse et se situent à un peu moins du double de l’an passé et de la moyenne quinquennale. Tout comme pour l’azote, le prix des engrais de phosphore est lui aussi sous la pression d’une offre restreinte en provenance de la Chine et de la Russie.

Potassium

Le prix de la potasse est maintenant deux fois plus élevé que l’an passé et que la moyenne quinquennale. La demande du marché pour livraison immédiate est assez tranquille à cette période de l’année aux États-Unis, car les livraisons pour novembre et décembre concernent des contrats déjà conclus. La demande risque de reprendre à partir de décembre pour livraison au premier trimestre de 2022. La capacité de production des usines américaines devrait revenir à la normale d’ici la fin du premier trimestre de 2022. Toutefois, les importations de potasse, elles, seront plus faibles en raison des sanctions américaines sur les importations biélorusses qui entreront officiellement en vigueur à compter de décembre prochain. Par conséquent, le prix devrait continuer de se raffermir d’ici la fin de l’année.

 

 

Tableau du prix des engrais

$ CA/t Novembre
2020
Octobre
2021
Novembre
2021
Novembre
moyenne 5 ans
Graphique
DAP 653 1 021 1 122 659
MAP  700 1 149 1 240 692
Potasse 479 936 1 034 504
Urée  515 905 1 130 526
10-34-0  655 886 968 648
Anhydre 607 1 113 1 534 671
UAN28 299 555 751 328
UAN32 357 632 832 390

 

Les prix sont exprimés en dollars canadiens par tonne métrique ($ CA/t).

Les prix représentent une offre FAB chez le distributeur.

Source : DTN

Mise à jour : 22 novembre 2021

 


Avertissement!

L’analyse se concentre sur les États-Unis ainsi qu'à l'international et les prix sont basés sur des prix américains convertis en dollars canadiens par tonne métrique. Ces prix peuvent ne pas refléter les prix au Québec en raison de plusieurs facteurs, dont l’offre de services inclus dans les prix aux producteurs. Ces prix doivent donc être utilisés à titre de référence seulement. L’objectif de cette publication vise à mesurer les tendances haussières ou baissières, ainsi que les valeurs relatives d’une saison à l’autre.