Producteurs de grains du Québec : PGQ
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Analyse du prix des engrais - Mars 2026

Les prix des engrais se sont maintenus au cours des deux derniers mois, à l’exception du prix des engrais phosphatés qui se sont appréciés.

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Grains biologiques : Évolution des prix locaux

Le rapport des prix moyens pondérés FAB ferme (S/tonne) pour les grains biologiques a été mis à jour le 2 avril 2026.

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L'Écho-Marché de mars

Une revue mensuelle de l’actualité dans le secteur des grains. L’Écho-Marché couvre divers sujets ayant un impact sur les grains.

Date de publication : 2 avril 2026

 

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Analyse des engrais - Mars 2026

Ça ne s’invente pas : l’analyse précédente sur le prix des engrais a été publiée la veille de l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. À ce moment, la tendance des prix était relativement stable jusqu’à la période de la récolte avec quelques opportunités d’une baisse des prix des engrais azotés. Le portrait du secteur des engrais a drastiquement changé depuis, du moins pour les engrais azotés. Les prix des fertilisants azotés utilisés comme valeur de référence pour construire les graphiques de la présente analyse montrent une hausse de 13,9 % pour l’urée, de 15,7 % pour la solution azotée d’urée et de nitrate d’ammonium (UAN) à 28 % d’azote, de 5,7 % pour l’UAN 32 et 8,6 % pour l’ammoniac anhydre par rapport au mois précédent. À titre comparatif, d’autres références affichent des hausses beaucoup plus marquées, notamment de 46,3 % pour l’urée à la Nouvelle‑Orléans aux États-Unis. Les prix des autres catégories d’engrais demeurent relativement stables, avec des variations allant de 0,1 % à 1,2 %. À court terme, la tendance des prix est haussière pour les engrais azotés, neutre à légèrement haussière pour les engrais phosphatés et neutre pour les engrais potassiques.

 

Le conflit en Iran a mené au blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, entraînant des conséquences majeures pour le secteur des engrais à l’échelle mondiale, variant énormément d’un pays à l’autre. Les prix des engrais azotés ont bondi d’environ 40 % au Moyen-Orient et d’environ 32 à 40 % aux États-Unis depuis le début du conflit. Des analystes estiment que si la guerre s’enlise, le prix de l’urée pourrait doubler. De par sa complexité, l’entièreté des conséquences de ce conflit n’est pas encore perceptible à ce stade-ci, d’autant plus qu’il perdure et évolue au fil des jours. Néanmoins, voici quelques éléments notables pour le secteur des engrais. 

Le détroit d’Ormuz est une voie navigable stratégique par laquelle, en temps normal, près de 20 % du pétrole et du gaz naturel mondiaux ainsi qu’environ le tiers des engrais. La rupture d’approvisionnement du pétrole brut a enflammé sa valeur boursière, influençant ainsi le prix des engrais, car jusqu’à 70 % de leurs coûts totaux sont attribuables à l’énergie. D’ailleurs, les frais en engrais peuvent représenter la moitié des coûts de production des grains dans certains pays. 

Les producteurs doivent appliquer les engrais azotés chaque année, car ils affectent directement les rendements, contrairement aux fertilisants phosphatés et potassiques, dont leurs applications peuvent être reportées. De plus, les producteurs dans l’hémisphère nord sont sur le point de commencer leurs semis, laissant très peu d’options pour gérer la hausse du coût des engrais.

L’offre des engrais azotés était déjà restreinte avant le déclenchement du conflit en Iran en raison de la guerre en Ukraine. Celle-ci a entrainé les pays occidentaux a sanctionné la Russie, un important exportateur de ce fertilisant. En plus, depuis 2021, la Chine a limité ses exportations d’engrais afin de lutter contre la hausse des prix nationaux.

 

La flambée des prix de l’énergie a été plus importante en Europe qu’en Amérique du Nord, le Vieux Continent dépendant davantage des approvisionnements en provenance du Moyen-Orient. Depuis le début de la guerre, le prix du contrat à terme du gaz naturel en Europe a bondi de 62,3 %. Les contrats à terme ont touché momentanément les 119 $ US le baril pour le Brent et 190 $ US le baril pour le diesel en Europe, ce qui représente des hausses respectives de 64,2 % et 88 %. À titre de comparaison, les contrats à terme ont augmenté de 37,7 % pour le pétrole brut et de 3 % pour le gaz naturel, tous deux à la Bourse de New York, et de 49,5 % pour le diesel à Montréal.

Toujours en Europe, le 23 février, la Commission européenne a suspendu les tarifs de la nation la plus favorisée (NPF ou MFN en anglais) sur les importations d’engrais azotés afin de réduire les coûts pour les producteurs agricoles. Cette d’exemption tarifaire s’applique toutefois à des quotas prédéfinis se limitant aux pays tiers : de 300 000 tonnes (t) pour l’ammoniac, 890 000 t pour l’urée, 413 000 t pour le sulfate d’ammonium, 27 000 t de nitrate d’ammonium et de calcium, 583 000 t d’UAN, 87 000 t de phosphate monoammonique (MAP), 83 000 t de phosphate diammonique (DAP) et 360 000 t d’une formulation NPK. Cette décision avait été annoncée avant le conflit en Iran et visait à apaiser le mécontentement des producteurs, confrontés à la hausse des prix liée au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, soit un système de tarifs imposés aux importations à forte intensité carbone. Les organisations agricoles réclamaient une exemption temporaire pour les engrais, tandis que les producteurs d’engrais militaient pour le maintien complet du mécanisme, afin d’assurer une stabilité des investissements dans les projets de fertilisants à faible empreinte carbone.

 

Aux États-Unis, les coûts élevés des intrants agricoles représentaient déjà un enjeu majeur avant le début du conflit. Il faut toutefois rappeler que les guerres tarifaires de M. Trump ont entrainé les prix des fertilisants à la hausse.

Le 18 mars, le président Trump a annoncé une exemption de 60 jours des tarifs sur le pétrole et les engrais russes. Il a également retiré des sanctions visant deux banques biélorusses ainsi que le ministère des Finances de la Biélorussie afin d’alléger le prix de la potasse aux États-Unis. Cette action s’inscrit dans un objectif plus vaste qu’est l’amélioration des relations bilatérales. D’ailleurs, un envoyé spécial des États-Unis a rencontré la Lituanie pour tenter d’ouvrir le passage de la potasse biélorusse vers ses ports. Avant les sanctions de l’Union européenne pour l’implication de la Biélorussie dans l’invasion de l’Ukraine par la Russie, 90 % de la potasse biélorusse transitait par les ports lituaniens.

Le département de la justice des États-Unis a lancé une enquête pour collusion visant les principaux producteurs d’engrais, dont Nutrien Ltd., Mosaic Co., CF Industries Holdings Inc., Koch Inc. et Yara International ASA. Selon l’organisme Farm Action, 90 % de la capacité de production de la potasse et du phosphate aux États-Unis serait contrôlé par Nutrien et Mosaic, tandis que 82 % des engrais azotés serait sous l’emprise de Nutrien, CF, Koch et Yara. L’Association des détaillants agricoles des États-Unis (ARA en anglais) souligne que les détaillants sont en première ligne lors de chocs géopolitiques, devant rationner les stocks disponibles parmi tous leurs clients, ajuster rapidement les formulations d’engrais et absorber les risques financiers et logistiques. L’ARA affirme également que les conséquences ne se limitent pas à la ferme, qu’elles se répercutent sur l’entièreté de la communauté rurale et que les détaillants agricoles sont parmi les plus importants employeurs du secteur privé dans ces communautés.

Deux projets de loi bipartisans sur le secteur des engrais sont à l’étude. Le premier viserait à publier les offres de prix des fertilisants afin d’améliorer la transparence des marchés. Le deuxième projet de loi offrirait un programme de subvention pour accroitre la capacité nationale de production et d’entreposage.

Plus de 60 associations de producteurs agricoles américains ont réclamé au département du Commerce des États-Unis (DOC) de mettre fin aux droits compensateurs imposés en 2021 sur les importations d’engrais phosphatés du Maroc à la suite d’une plainte déposée par Mosaic. Cette compagnie américaine accusait les importations d’engrais phosphatés de la Russie et du Maroc d’être lourdement subventionnées.

 

En Russie, une attaque de drones ukrainiens a provoqué, le 25 février dernier, la mort sept personnes et l’arrêt de production temporaire d’une usine d’engrais azotés. Cette usine possède une capacité annuelle de 2 millions de tonnes (Mt) d’ammoniac et d’ammonium de nitrate, soit 5 % de la capacité de production nationale, dont 11 % pour le nitrate d’ammonium.

Des sources russes ont indiqué, le 6 mars, que la Russie ne serait pas en mesure de compenser le déficit mondial d’engrais azotés lié au conflit en Iran, le pays priorisant son marché domestique. Les nouvelles capacités de production destinées à l’exportation ne seraient opérationnelles qu’en 2027. Des représentants du secteur ont souligné un écart de 15 % entre les prix internationaux et nationaux, représentant ainsi un profit potentiel intéressant, alors que Moscou cherche ardemment de nouvelles sources de financement. 

Le 24 mars, la Russie a annoncé la suspension de ses exportations de nitrate d’ammonium, alors qu’elle représente 25 % de la production mondiale et 40 % des exportations de ce fertilisant. Ses principaux clients sont le Brésil et l’Inde, entres autres.

 

En Chine, la compagnie étatique de fertilisants, Sinofert, a demandé à ses clients, le 12 mars dernier, de ne pas stocker les engrais, de ne pas spéculer et de ne pas augmenter leurs prix au printemps. Bien que la Chine soit presque autosuffisante en engrais, plus de 50 % de son soufre provient du Moyen-Orient. Par ailleurs, Pékin a interdit toutes les exportations de carburants afin d’éviter une envolée préventive des prix. 

Le gouvernement chinois a annoncé, le 13 mars, qu’il puiserait dans ses réserves nationales pour approvisionner les producteurs avant les semis au printemps, soit 15 jours plus tôt que le cycle précédent. Les engrais remis sur le marché national sont azotés, phosphatés et composés (c’est-à-dire un mélange de plusieurs nutriments). Malgré tout, la Chine risque de produire de 76,5 Mt d’urée cette année, un niveau record, selon l’Association industrielle chinoise de fertilisant azoté. La Chine est la première productrice mondiale de cet intrant agricole.

Le 19 mars, Pékin a annoncé réduire ses exportations d’engrais afin de satisfaire d’abord son marché intérieur. Les estimations des quantités restreintes seraient entre 50 et 80 % des volumes de l’année dernière. Cette décision est la conséquence directe des difficultés d’approvisionnement en pétrole, en gaz naturel et en engrais liées au conflit en Iran. La part de marché de la Chine dans les importations totales d’engrais est d’environ 20 % au Brésil, en Indonésie et en Thaïlande, de près de 33 % en Malaisie et en Nouvelle-Zélande et de 16 % en Inde. Autrement dit, ces mesures impacteront significativement les producteurs agricoles de plusieurs pays dans le monde, augmentant la demande pour ces produits internationaux et, par conséquent, les prix. Des commerçants estiment que ces restrictions d’exportation demeureront en vigueur au moins jusqu’en août. La Chine est la deuxième plus grande exportatrice de fertilisant dans le monde, derrière la Russie, avec des recettes annuelles de plus de 13 G$ US l’an passé.

 

En Inde, cinq compagnies ont invoqué un cas de force majeure pour annuler la livraison de fertilisants. Du 1,3 Mt conclu lors du dernier appel d’offres, environ 500 000 tonnes viennent alors de disparaitre. Par ailleurs, la capacité de production d’urée du pays a chuté de 30 à 35 % à la suite de l’attaque iranienne contre la plus grande usine de gaz naturel au monde située au Qatar. L’Inde s’est tournée vers d’autres fournisseurs de gaz naturel, mais ils seront insuffisants pour compenser la perte.

Les usines de production d’engrais phosphatés ont également réduit leur production en raison de la difficulté d’approvisionnement en gaz naturel et en soufre, dans une proportion moindre que pour les fertilisants azotés. L’an passé, l’Inde a importé 40 % de son urée, de ses fertilisants azotés, de son DAP et de ses engrais composés du Moyen-Orient. 

Le 19 mars, le gouvernement indien a indiqué être en pourparlers avec la Russie, la Biélorussie et le Maroc, afin d’accroitre ses achats de fertilisants. L’Inde espère être en mesure de pouvoir fournir 70 % de ses besoins en fertilisants. La période de la forte demande en application d’engrais en Inde est de juin à juillet pendant les semis de riz, de maïs, de coton et d’oléagineux.

 

Le Brésil pourrait faire face à d’importantes difficultés d’approvisionnement en engrais si le conflit en Iran ne se résorbe pas rapidement, a déclaré le ministre de l’Agriculture du pays le 18 mars. Le Brésil dépend des importations pour 85 % de sa consommation d’engrais et a importé 45,5 Mt en 2025. En l’espace de deux semaines, le prix de l’urée a augmenté de 35 %. Par ailleurs, au cours des deux premiers mois de l’année, les importations ont reculé de 35 % pour l’urée et de 19 % pour le sulfate d’ammonium. Cependant, le Brésil est en train de récolter son soya et a terminé de semer son maïs safrinha, réduisant considérablement ses besoins en engrais à court terme.

 

Le prix du soufre en Nouvelle-Orléans aux États-Unis est en hausse de 214,7 % comparativement à l’année dernière. Bien que la présente analyse se concentre normalement sur les engrais azotés, phosphatés et potassiques, la situation du soufre mérite une attention particulière, puisque cet élément est essentiel à la production des engrais phosphatés. 

Cette flambée des prix s’explique par plusieurs facteurs. L’un d’eux est la hausse de la demande pour la production d’engrais phosphatés et de batteries au lithium, dont le soufre est utilisé à leur fabrication.

L’autre facteur est la réduction des capacités d’exportations de certains grands producteurs. Au Kazakhstan, le premier exportateur au monde, un différend oppose le gouvernement aux compagnies exploitant des gisements de pétrole en mer Caspienne, l’un des plus riches en soufre au monde. Depuis 2022, les autorités kazakhes ont imposé des amendes à ces compagnies pétrolières pour des motifs environnementaux liés à l’entreposage du soufre d’une valeur de 4,2 G$ US, contestées jusqu’en cour d’appel. Par ailleurs, les exportateurs kazakhs font face à des défis logistiques importants, car la marchandise doit transiter par les ports russes sur la mer Noire et Baltique.

L’Asie a été durement frappé par ce manque de soufre kazakh et a dû se tourner vers les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, dont les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. D’ailleurs, plus de la moitié du soufre importés par la Chine transite par le détroit d’Ormuz.

 

Au Québec, les Producteurs de grains du Québec (PGQ) demeurent activement engagés par rapport à cet enjeu essentiel, en poursuivant leurs discussions avec Grain Farmers of Ontario (GFO), l’Atlantic Grains Council (AGC) et le gouvernement fédéral pour défendre les intérêts des producteurs, et en maintenant un dialogue avec les fournisseurs d’engrais du Québec. Le Réseau végétal Québec (RVQ) a d’ailleurs publié un communiqué, le 10 mars dernier, concernant la forte hausse du prix des intrants. L’organisation invite les producteurs et les fournisseurs à maintenir un dialogue constant afin de soutenir une planification prévisible des besoins et de l’approvisionnement.

 

 

Les prix des engrais azotés étaient déjà supérieurs à ceux de l’an passé et ils ont fortement augmenté des prix depuis février, dépassant la moyenne des cinq dernières années. La tendance des prix est haussière à court et à moyen terme.

Les prix de phosphore ont fait du surplace par rapport au mois passé, tout en demeurant supérieurs aux valeurs de l’an passé et de la moyenne des cinq dernières années. La tendance des prix est de neutre à légèrement haussière, en raison du prix élevé du soufre.

Les prix de la potasse sont restés stables, comparables à ceux de l’an passé et inférieurs à la moyenne quinquennale. La tendance des prix est neutre à court et moyen terme.

Tableau du prix des engrais

$ CA/tMars 2025Février 2026Mars 2026Moyenne 5 ansGraphique
DAP1 2131 2791 2821 175Graphique
MAP 1 2931 3211 3351 227Graphique
MOP729733734850Graphique
Urée 8928961 020951Graphique
10-34-0 1 0269991 0111 025Graphique
Ammoniac anhydre1 2161 2921 4031 412Graphique
UAN 28568616713616Graphique
UAN 32668697737708Graphique

Les prix sont exprimés en dollars canadiens par tonne métrique ($ CA/t).
Les prix représentent une offre FAB chez le distributeur.
Source : DTN

L’analyse se concentre sur les États-Unis ainsi qu'à l'international et les prix sont basés sur des prix américains convertis en dollars canadiens par tonne métrique. Ces prix peuvent ne pas refléter les prix au Québec en raison de plusieurs facteurs, dont l’offre de services inclus dans les prix aux producteurs. Ces prix doivent donc être utilisés à titre de référence seulement. L’objectif de cette publication vise à mesurer les tendances haussières ou baissières, ainsi que les valeurs relatives d’une saison à l’autre.